montres_dali

Salvador Dalí, Persistance de la mémoire,   1931


Tout a commencé comme ça, insidieusement :

"Si tu peux poser un cathlon rose (c'est-à-dire un cathéter veineux périphérique de petit calibre), tu peux poser un vert (cathéter de calibre légèrement supérieur)"

cathlon2

Illustration des différentes tailles de cathéter, du jaune (24 G, le plus petit), au orange (14G, le plus gros calibre)



> Oui, c'est évident que je peux poser un vert !



"Si tu as le temps de faire un électrocardiogramme, tu as le temps de prendre une tension !"

> Sans problème !

"Mais si tu as le temps de prendre une tension, tu as le temps de t'asseoir auprès de ton patient une petite minute !"

> Oui, je peux le faire !


"Si tu as le temps de t'asseoir auprès de ton patient, tu as le temps d'aider ta collègue !"

> Évidemment !




On m'a toujours poussé à croire que le temps était "extensible", que si j'ai le temps de faire quelque chose, je peux trouver le temps de faire plus. Toujours plus. Encore plus. Jusqu'à la rupture. C'est comme un ballon de baudruche que l'on gonfle, on peut toujours essayer de le gonfler un peu plus, tout en sachant qu'à un moment, on atteindra le seuil de non retour. Le tout c'est de connaitre la limite, pour ne pas tout gâcher.

Au travail, c'est pareil. Ma cadre essaie de me persuader que si je suis capable de prendre 15 patients en charge, je peux bien en accueillir un 16ème (ce qui en soit, est tout a fait vrai)
Puis un 17ème.
Puis un 18ème ...

Et voilà comment nous en arrivons à "pousser les murs" pour accueillir de plus en plus de patients, avec de moins en moins d'effectif.

Le point de non retour est proche. Dans mon service, les conditions de travail sont de plus en plus dures (je suis seule sur un poste ou il devrait y avoir 1,5 infirmière, et la semaine prochaine, je serais seule  là ou il devrait y avoir 3 infirmières).  Je travaille en moyenne 45h par semaine (payées 38, bien entendu ^^) J'ai l'impression de ne pas travailler en sécurité, de mettre la vie de mes patients en danger. J'en ai eu la douloureuse expérience cette semaine.



En ce moment, il ne fait pas bon travailler sans le service public hospitalier.
Il ne fait pas bon être malade non plus.